Quoi de plus beau de vivre dans un monde fait de choses transparentes ? L'Art, la musique, l'écriture, la littérature, le cinéma, la photographie sont là pour éclairer l'avenir, alors profitons en et vivons pleinement notre vie !

*Sauf mention contraire, les photos et les textes sont de moi, merci de respecter les droits d'auteur et de ne pas les voler.*
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jeudi 2 août 2012

L'avion

vue de la place assise 22A

Hier, j'ai pris l'avion. Vous savez ce qu'est l'avion. Un engin lourd et encombrant qui vole dans les airs, avec des ailes, vous savez. L'avion était petit. D'une taille plus petite qu'un avion qui fait quatorze heures de vol, comme pour aller au Chili. L'avion était plus petit car il faisait deux heures. Deux heures seulement de vols, pour aller d'Espagne à Paris, pour rentrer dans ce pays qui s'appelle la France et qui est le mien de pays, aussi le votre sûrement car sinon vous ne lirez pas ceci, à moins que vous êtes un étranger, ou une étrangère, qui parle français. Ceci n'est pas le problème. Il n'y a pas de problèmes d'ailleurs. Je veux juste vous dire que hier, j'ai pris l'avion, et que l'avion était petit. Rien d'anormal. C'est étrange de prendre l'avion. Enfin, je dis ça, mais ce n'est pas la première fois que je prend l'avion. C'est néanmoins la première fois que je prend l'avion toute seule. Et vraiment toute seule, car pour aller au Chili nous étions deux pour faire quatorze heures de vol. Donc, moi, Rosedray, dix-sept ans - car oui, j'ai dix-sept ans, je vieilli - hier, j'ai pris l'avion toute seule pour deux heures de vol. Voilà. C'est tout ce que je voulais dire.
C'est magique l'avion. Quand on prend l'avion, même si c'est juste pour deux heures, on a l'impression de voyager. C'est vrai en un sens, on voyage, je ne dis pas le contraire, on sort d'Espagne et de ce fait, on voyage dans un avion plein d'Espagnols, et de Français et d'autres gens aussi, des étrangers, des qui parlent des langues différentes. 
Et pour deux heures, vous allez me dire, pourquoi je n'ai pas pris le train, juste pour deux heures ? Il parait que c'était moins compliqué de voler dans les airs et que ça revenait moins cher en plus pour le trajet. Autant en profiter. L'avion, c'est chouette.
J'adore l'avion.
Même si je flippe un peu, même si dans ma tête je ne peux m'empêcher de me dire "mais si...". 
"Mais si", en fin de compten'arrive jamais. Savez-vous qu'il y a plus d'accidents de voitures que d'avions ? Alors, mesdames et messieurs, pas de quoi s'alarmer, on a peur de l'avion car un avion ça vole, un avion ça n'est pas a terre - sauf au départ bien sûr - un avion, ça n'a pas cette stabilité ou cette abstraction terrestre, je ne sais quoi, qu'on connaît par notre habitude de marcher sur la terre. C'est une histoire d'habitude, voilà tout. Alors moi, l'avion, j'aime bien, même si je détourne toujours le regard quand la gentille hôtesse de l'air fait sa démonstration ridicule avec ses bras en enfilant le gilet de sauvetage, puis en montrant les masques d'oxygènes puis leur emplacement, pour montrer comment il faut faire en cas d'accidents. Moi, à force de ne pas regarder pour ne pas penser à la catastrophe qui pourrait bien arriver, je ne serais jamais.
Alors je regarde le paysage. C'est ça que j'aime bien dans l'avion en fait, le paysage, l'ambiance, le dépaysement du voyage. Par chance, j'étais situé à côté d'un hublot, si bien que je pouvais contempler le paysage à ma guise, et si je le contemplait trop longtemps, mon cou s'alarmait de petites douleurs à force de rester dans la même position. C'est féerique de regarder le paysage. Les petites maisons qui s'éloignent au fur et à mesure qu'on prend de l'altitude, les nuages qui grossissent et qui forment une mer dans l'immensité du ciel. Bien sûr, de temps en temps, il n'y a que le ciel, c'est bien ennuyeux le ciel quand il n'y a rien d'autre. Alors de temps en temps je faisais des poses, pour mon cou et pour mes yeux. J'avais la chance que mon avion, pendant ces deux heures de vols, ne quittait presque pas la terre, je veux dire par là que nous avons vu la mer, mais seulement très peu. Les nuages, le ciel, les maisons, les immeubles et toutes choses qui peuplent notre terre, apparaissaient et disparaissaient quand l'avion se reprochait de la terre. On aurait dit, semble-t-il, un immense monde en miniature, avec ses maisons de poupées et ses arbres en plastiques. On aurait presque pu croire qu'un géant viendrait saccager toute cette fragilité de ses grands pas de géants, l'avion si petit par rapport à la grandeur de l'homme. Bien sûr, ceci ne se fit point, il faut être fou pour croire un truc pareil.
Au lieu de cela, l'avion continuait sa course jusqu'à redescendre dans ce qui se nomme Paris.

vendredi 6 juillet 2012

Le goût du train


Je me suis dit que dans le train, il fallait toujours écrire. Comme ça c'est plus facile pour la pensée, quand le paysage défile par la vitre défraîchie et que les anges passent à toute allure devant nos yeux. Nos oreilles sont transportées par du rap qui vrille à l'intérieur de nous et le simple fait d'écrire dans le train est toujours bien, ça bouscule le papier qui percute des mots pas droits et ça permet de ne pas penser. Ne pas penser signifie être bien, la tête désencombrée de toutes pensées toxiques qui nous rappellent le pessimisme de la vie. Alors pour oublier cet encombrement de l'esprit, on écrit, on se sent mieux après, on passe le temps inutilisé à l'écriture de mots qui n'ont pas d'importance. Je me suis promis d'écrire à chaque fois que je prend le train, un peu, et comme ça à la fin, peut-être, j'aurais un carnet de train. Combien de fois les gens voyagent-ils dans leur vie ?
Il n'y a pas beaucoup de monde dans le train. Je dis par là qu'il y a des gens, mais avec des sièges vides dont celui qui se trouve à mes côtés. Les gens partent en vacances et le monde tourne au ralenti, chapeaux, shorts, lunettes de soleil et enfants qui braillent dans tous les sens, le monde est terrifiant. Heureusement, il y a L'Impossible, ce petit journal indépendant, qui parle de littérature et de politique, et d'autres choses aussi, où même Christian Bobin publie un petit texte parlant d'un merle au bec orange. Le monde est incroyable. On y croise des génies. Tiens, par exemple, cette personne, un adulte, qui m'a dit que j'allais devenir un grand écrivain, sans même me connaître, sans même savoir les mots que j'écris. Il regarde, il sourit, il est éberlué je pense. On y croise parfois des anges dans ce vaste monde - faute de mieux. Christian Bobin, dans la fraîcheur pâle de ses mots, m'a écrit. Enfin, il a répondu à ma lettre, parfumée d'admiration. Il m'a écrit et ses mots sont venus une semaine plus tard, posés à la va vite sur deux feuilles de papier A4 non recto verso, des grosses lettres qui prennent toute la place, une écriture imposante et noire, noirs les mots écrits au gros feutre noir, la couleur je veux dire. La petite fille penche sa tête par dessus le dossier du siège. Je ne l'ai pas vu me regarder, je lève la tête, je croise ses grands yeux de petite fille, je lui sourit, la mère rouspète, des mots que je n'entend pas, faute de quoi j'ai de la musique dans les oreilles. Quelqu'un parle dans le micro, la voix annonce les correspondances puis elle nous remercie de notre attention. La petite fille, dans le silence berçant du train, lance un grand "d'accord" dans son âge d'insouciance. Quelques personnes rigolent, je sourit. La vie est pathétique. La vie est drôle parfois. Il vaut mieux, il est bon qu'il y est de la fraîcheur, sinon on meurt, c'est aussi simple que ça.
Prendre le train est nécessaire. On s'y assoit, sur l'un de ses sièges bleus confortables situés en deuxième classe, et on attend. C'est aussi simple que ça. La nécessité de prendre le train est importante. C'est un temps qu'on ne peut trouver nul part ailleurs. Un temps nécessaire à la survie des êtres, car notre existence, à ce moment là, s'est ralenti. Alors chacun vit ce temps cloîtré pour une durée indéterminée, de manières différentes mais pourtant pas si individuelles. Tout le monde lit dans le train, écoute de la musique, dort ou regarde par la fenêtre sans rien faire. Tout le monde, un jour ou l'autre, à déjà mangé dans le train ou rouspété à vive voix ou intérieurement face à une personne quelconque qui parle fort. Tout le monde, un jour ou l'autre, à déjà éprouvé la satisfaction que personne ne réside sur le siège à nos côtés. Pourtant, vivre dans le train a quelque chose de personnel. Être face à nous même est une épreuve individuelle. Mais est-ce que tout le monde a déjà écrit dans le train ? Les écrivains, sûrement, sur papier ou face à leur écran d'ordinateur qui ne bouge pas d'un poil, lui.
Je dois être folle. Les gens doivent se demander ce que j'ai à écrire frénétiquement, sur du papier en plus, pas moderne celle-là...
Les gens lisent, dorment en pétant et pètent en dormant mais dans le train, ils n'écrivent pas. A-t-on déjà vu des personnes courbées sur leur feuilles, balançant toutes leur tripes frénétiquement sans aucune tenue, la bave coulant de leur lèvres, pris d'impulsions face à l'inspiration. Les gens qui écrivent sont fous. On peut donc dire que tous les écrivains sont fous. La vie est comme ça, triste à en mourir et remplie de fous furieux.
J'aime prendre le train. Atténuer ces heures qui passent au même rythme que l'engin dans lequel je suis.
Cette euphorie du train, malgré mon habitude de ses transports à rails, ne s'effiloche toujours pas.

samedi 23 juin 2012

Au bord des tréfonds




Laisser sa place au temps. De rien faire. Ne rien tenter. Se laisser embarquer par la vie trop fluide qui valse dans nos bras. Exister. Exister sans rien faire, sans rien dire, juste rester présente à l'égard des autres. Mais les autres meurent, disparaissant quand on n'est plus là et viennent se morfondre dans un trou sans fond. Les autres n'ont pas besoin de notre solitude. Notre solitude n'a pas besoin des autres. Alors nous nous retrouvons seul. Seul en face du monde qui nous crie à l'aide de le laisser tranquille, de se trouver autre chose qu'une solitude funambulaire. Il n'est pas bon de rester trop en équilibre sur la vie. Elle est fluide, on peut s'y égarer sans peine quand on ne connait pas les ficelles du monde. Alors, inévitablement, on se noie. Dans l'abîme sans fin de l'existence humaine où l'on trouve cette suffisance extrême existant seulement au bord des tréfonds. Il suffit de presque rien. Juste d'une imagination incomparable à celle des autres.

samedi 26 mai 2012

dimanche 13 mai 2012

Au confins du réel


Maintenant il ferait bon de dormir pour que les rêves tissent des montagnes qui s'élèvent jusqu'au delà du ciel, là où les anges ne font rien d'autre que d'écouter les nuages. On se rendra compte bien plus tard que les rêves sont trompeurs, qu'ils dévoilent une virginité écarlate se brisant dès le réveil, là où le réel s'expose à nos yeux égarés de fatigue. Alors nous vivons pour que l'éternité des rêves ne puisse pas mourir dans un fracas de glace, transformée en bloc de pierre. Alors nous plongeons à l'arrière du réel, là où les rêves sont tapissés comme des plumes d'anges se confondant dans la pureté de la neige. Nous nous perdons dans l'eau limpide du savoir, les lignes de mots s'étendant à l'infinie sur les écorces d'arbres devenues papier. Nous lisons. Nous nous abreuvons des mots qui provoquent un égarement de l'âme, un oubli du réel : c'est le derrière qui montre ses couleurs, le rêve translucide. L'égarement s'appelle autrement. C'est l'imagination, telle qu'elle est dans les cœurs des hommes, qui ne peut s'enfuir, jamais, sous aucun prétexte. L'imagination emprisonne les hommes et n'en oublie aucun, des êtres sages jusqu'aux plus répugnants, des vieillards comme des enfants. Elle est en accord avec l'âme et le cœur, trois choses universelles pour l'être humain, essentielles à l'homme comme les ailes d'anges qui ne peuvent tomber, mais qui échouent, indubitablement, quand les anges meurent. La vie n'est pas éternelle. Cessez de croire que même les anges peuvent vaincre la mort. La vie des anges est comme toute vie : une simple mortelle.
L'âme, le cœur et l'imagination font parti de tout homme. Peu de ceux qui vivent savent percevoir qu'il a en lui plus qu'il ne croit. Celui qui perçoit cette chance s'appelle un sage ou un ange.
Il faudra bien qu'un jour nous nous réveillions afin que nous sachions si les rêves ne sont pas réels. Nous n'en savons rien. Nous ne voulons pas savoir. Alors pour laissez cette ignorance vagabonder au confins du flou, nous continuerons à dormir pour que la réalité ne nous atteigne pas, les rêves restant imprécis, flous et plein d'espérance. La brume nébuleuse ne nous réveillerait pas. Elle resterait dans nos esprit comme un flou vague et douillet. Exactement comme des plumes d'anges. Celles-ci mourront ensuite, et cela, ce sont les étoiles filantes qui nous le transmet.
A chaque étoile qui tombe dans le ciel, quelque part un ange meurt. Faites un vœux et peut-être un ange guérira dans l'univers. Vous pouvez sauver une âme quelque part dans ce monde.
Vous avez un pouvoir. Vous pouvez vivre. Si vous ne vivez pas, vous laisserez les anges mourir et toutes choses alors seraient impossible à réparer. Peut-être que la beauté écarlate de la neige ne vous fait aucun effet. Pensez aux rêves. Ils empêchent de sombrer dans la brume de la mort.
Les livres guériront le monde de leur lettres d'or, et tout ira pour le mieux, la mort ne sera plus qu'une pensée vague et imprécise, et nous continueront à vivre comme au temps des anges, où ceux-ci n'avaient pas perdu leur grandes ailes colorées, aussi douces que la neige se confondant avec le temps. Les anges ne doivent pas mourir, jamais. Ils sont trop empreints de virginité pour s'éteindre, la pureté est trop présente sur leur corps d'enfants délaissés. Ils ne connaissent ni le mal ni la colère. Les anges sont l'innocence suprême de ce monde. Pourtant ils finissent par mourir, comme toutes choses. La vie n'est pas éternelle et ne le sera jamais. Alors il faut attendre. Il faut vivre pour que les étoiles continuent à briller dans les âmes universelles. C'est comme ça qu'on ne perd pas le nord, c'est comme ça que continueront à survivre les anges. Grâce aux âmes. Grâce aux cœurs. Grâce à l'imagination, aux rêves et à la vie. Toutes ses choses sont indispensables à l'existence, à tout êtres humains qui peuplent ce monde aussi pauvre soit-il, mais quand le monde tombera nous ne serons plus que du vide dans le vaste univers. Du néant réduit en poussière. Du rien, salissant l'absence de vie.
Alors seulement, nous pourrons rejoindre les anges aux ailes brisés par la vie. L'au-delà n'est pas quelque chose de réel. Il existe quand bien même la vie se détache de nous en quête d'horizons différents. Alors, nous ne sommes plus rien. Qu'une âme parmi tant d'autres suivie des anges qui se tiennent à nos côtés, flottant dans les airs, dépourvus de leur ailes colorés qui font d'eux des anges. Maintenant, ils n'ont plus que l'apparence de poupée en porcelaine habillée de blanc. Le nom d'ange les a quittés, ils ne sont plus rien.
La tristesse des anges a envahi le monde et celui-ci a éclaté, provoquant la mort tout autour de lui, le vide, le néant. Voilà comment nous mourons pour allez rejoindre les anges et leur tristesse enfoui dans leur innocence.
Quand aux rêves, ils continueront éternellement leur course folle.

(Inspiré de La tristesse des anges de Jon Kalman Stefansson)

lundi 12 mars 2012

Un pas de plus et c'est fini.

(DeviantArt)

Elle marche la tête haute, la vie défilant devant ses pas meurtries par la vie. Elle attendait quelque chose d'autre. Un pas. Une phrase. Des mots prononcés à la va-vite. Elle ne sait plus quoi penser. Elle regarde l'asphalte qui se dresse, luisante sous ses pieds. Elle n'a plus envie de mentir. Elle n'a plus envie d'être le mal pour les autres qui ne voient en elle que le diable. Ses pieds avancent. Sa fureur grandit. Elle ne sait plus qui elle est. Cela reviendra. Pour l'instant, il suffit d'écraser la vie d'un mouvement de pas précipités. C'est ce qu'elle fait. Ses pas sont aussi lourds qu'un crâne humain écrasé sur le trottoir incandescent.
Elle ne savait pas avant. Avant qu'il soit venu, qu'il lui est dit. Qu'il est prononcé ces mots. Elle ne savait pas. Elle n'aurait pas su. Si tout cela ne serait arrivé, elle n'aurait jamais su. Mais ce n'est pas comme ça que ça se passe. C'est arrivé. Et elle marche. Elle marche en écrasant la vie sous ses pas. Cela fait du bien. Cela refoule les larmes qui coulent de ses yeux. Son mascara qui descend progressivement, dessinant des larmes souillées de noir. Elle laisse faire. Elle laisse le temps continuer sa course. Mais pas ses pas, non, ses pas sont autre chose, ses pas s'occupent du temps.
Son visage est souillé par la vie trop précieuse qui est venu la chercher à un moment mal tombé. Elle jure. Ses talons écrasent le sol, provoquant un claquement régulier qui rythme ses pas, qui eux vont vite, si vite pour écraser la vie d'un coup de colère. Elle aurait pu savoir. Savoir que la vie est terrifiante, qu'on échoue à chaque fois qu'on y met un pied. Elle est naïve. Son cœur se déchire. Il y a bien longtemps que son cœur s'est déchiré, depuis qu'elle a compris que la vie n'est pas ce qu'elle croyait, qu'elle est cruelle, si cruelle pour une petite fille comme elle. Ce n'est plus une petite fille. Elle a trente ans et ses pas fracassent le sol comme si elle avait voulu détruire la vie qui se tient à ses pieds. Cette vie qui n'est pas une vie, qui n'existe pas, qui n'est que du béton sous ses pas crevés d'avoir trop marché. Ça t'apprendra à être si naïve, elle se dit.
Il avait dit. Il avait prononcé ces mots sortis de sa bouche. Sa bouche qui était dès lors si sensuelle. Maintenant, plus rien. Le temps continue sa course folle sans que personne n'est su quoi que se soit. Comme si elle était seule au monde. Comme si personne ne l'avait interrompu dans ses pas saccadés. C'est ce qui se passe. Personne qui ne l'a retient, aucune main sur son épaule. Il n'y a rien qui ne l'empêche d'avancer. Elle est libre de sa vie. Elle a trente ans, elle n'est plus la petite fille qu'elle a un jour été. Elle doute parfois. Elle n'est pas sûre. Elle a trente ans, elle vit sa vie, elle est seule, additionnant les hommes qui se succèdent pour ensuite la rejeter, toujours. Elle a trente ans mais parfois c'est comme si elle en avait neuf, neuf petites lueurs pour lui dire qu'elle est seule sans personne à l'horizon, qu'elle est seule dans cette vie bien trop grande pour ses pas de petite fille. Parfois, elle ne sait pas, elle est perdue, complètement perdue dans cette vie qui lui crie à l'aide. Elle a neuf ans. Alors elle marche. C'est comme ça qu'elle refoule son mal-être.
Mais celui-là, cet homme, elle n'avait pas vu venir ses mots. Elle s'était attachée à lui.
Elle se répète cette phrase, cette seule phrase sortie de sa bouche, à lui.
Il l'avait dit comme ça, d'une voix claire, distincte, sans intonation particulière. Il l'avait dit d'un ton neutre qui ne voulait rien dire de particulier. Il l'avait dit et elle était restée sans comprendre, anéanti par ces quelques mots.
Marie, je suis homosexuel.
Ces quelques mots pourtant si puissants.
Elle était restée sans voix. Avait fait demi-tour, les larmes commençant à couler de ses yeux. Avait marché. Aussi vite que le temps. Et cela continuait. Jusqu'à ce que la fatigue prenne le dessus.

mardi 6 mars 2012

Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas.


C'est tout blanc. Ou tout noir. Parfois, on ne sait plus quoi penser, alors on arrête. Nos idées se fixent dans nos têtes et on reste là, incompréhensifs à la vie, impuissants. Nous sommes des êtres humains. Nous sommes faibles. Nous restons là à projeter une vie qu'on ne vivra jamais, on rêve en ne se rendant pas compte de la réalité. Nous vivons dans nos têtes, des bons à rien qui ne savent même plus comment faire pour vivre. Alors la seule idée qu'on a trouvé c'était d'imaginer. Imaginer quoi ? La réalité ne sera jamais comme nous l'avons rêvé. Elle change tout le temps. C'est un leurre. Une idée folle qui nous bousille les membres de la tête aux pieds. Et c'est cela pour tout le monde. Alors pour oublier on écrit. L'écriture qui remplie le cadre blanc au fur et à mesure qu'avance les mots. On écoute la voix perçante d'Eminem qui bouscule tout sur son passage, la musique qui halète tellement elle sue. C'est mal. C'est mal de s'enfermer dans les rêves. Il faut vivre pour comprendre. Les morts, eux, ne comprennent pas.
Ce vider de ses tripes pour se rouler dans la farine, c'est simple. Alors nous finirons bien par arracher nos derniers filaments de vie de nos corps décharnés pour qu'il n'y est plus rien. Seulement la mort et du sang qui jailli de nos tripes meurtries. Nous deviendrons des meurtriers. Nous nous abreuveront du sang des autres, pour survivre. Il n'y a que ça qui compte, et nous le savons tous. Manger du sang n'est pas si affreux que ça. Il suffit d'y croire. Et le goût du métal apparaitra dans nos bouches pleines de saveurs. Nous nous acharneront sur des corps morts de vie. Et nous leur reprendront cette existence qui leur était si chère. Ce sera simple. Si simple. Il suffit juste d'y croire et nous aurons le droit à tout.
Mais s'il te plaît, ne meurt pas d'avoir trop vécu. La vie est peut-être belle finalement, non ? Je ne sais pas. Je n'en sais rien. Aide-moi.

vendredi 17 février 2012

On bâti le monde dans un coin de sa tête.

paysage de Valparaiso

Voyager, c'est tout un art, un art qu'il faut savoir maîtriser et que je n'ai pas su faire quand je suis parti au Chili. Mes attentes n'étaient pas les mêmes. Je me suis retrouvé dans une ville ultra moderne s'étendant sur tout le milieu du Chili. Je m'attendais à être dépaysé, j'ai été dérouté à un sens qui n'a pas la même signification que le dépaysement. Je me suis juste trompé de ville. De famille d'accueil. J'aurais pu atterrir au fin fond du Chili, là où la terre est loin d'être comme Santiago. Et hors, ce n'est pas moi qui est choisi cette famille, mais la famille qui m'a choisi. Mais les choses sont comme elles sont, peut-être que tout cela avait une signification. Vous y croyez vous, au destin ? Je n'en sais rien. Comme un certain nombre de voyageurs, je n'ai pas eu de bol. Mais peut-être les rêves prennent trop de place dans ma tête. Peut-être que si je voyage encore, je risque d'être déçu, car mon attente ne sera forcément pas la même, hors c'est cela pour tout le monde. Alors la règle, ne pas se poser de questions. Ne pas projeter.
Je ne sais pas comment faire pour voyager. Je ne sais pas si c'est la façon de voyager, par l’association AFS en s'intégrant au monde, en allant à l'école qui m'a dérouté au Chili. Mon manque de confiance en moi en est évidemment pour quelque chose. Mais malgré un premier voyage qui fut pour moi un échec, et c'est seulement maintenant que j'ose le dire, j'aimerais retenter l'expérience. On verra bien. C'est ça qu'il faut que je me dise. On verra bien. On voit toujours ce qui nous arrive de toute façon, à moins que l'on meurt dans l'instant présent. Alors oui, on verra bien. Comme le dit la petite fille de Christian Bobin dans La folle allure. On verra bien. Oser vivre. Oser se lancer. C'est ça le plus important. C'est en lisant un journal de bord sur internet qui a captivé mon œil, trouvé sur le site de l'association Zellidja (site de bourse de voyage) que j'ai littéralement été scotché : une jeune fille de 17 ans seulement est partie toute seule avec un sac à dos sur le dos en Argentine vivre un mois parmi les gauchos (les paysans argentins) et les chevaux. Chapeau la gamine ! Et ce voyage, ce journal de bord est une véritable mine d'or. Il mérite d'être lu, et tout de suite, c'est ici ! Cette gamine m'a impressionné. Voyager comme ça, à 17 ans, toute seule et rien que toute seule, elle s'est démerdée pour se faire loger, on l'a accueillie à bras ouvert et elle a vécu, pour la durée d'un mois, un véritablement dépaysement parmi les chevaux. Moi, je serais bien incapable de faire ce qu'elle a fait. Mais arrêtons de rêver. Lisons son journal, superbe oui, mais focalisons-nous sur nos vies. Il vaut mieux pour moi. Arrêter de rêver, d'envier les autres surtout. Et être dans le concret. J'ai trouvé une association de voyage, Sans Frontières, qui organise des voyages pour les jeunes par groupes (grrr, je déteste ce mot, colonie de vacances !). J'ai choisi pour ma part de faire un voyage solidaire et le pays qui m'intéressait le plus était l'Equateur. Au programme chantier solidaire pour l'aménagement d'une école, immersion chez les Quechua. Peut-être que cela coûte cher pour seulement 18 jours, mais je me suis décidé. Je vais travailler chez Macdo qui embauche à partir de seize ans, une grande chance. Peut-être qu'avec ça, j'arriverais à financer mon voyage en Equateur, qui sait ? Il faut d'abord que Macdo m'accepte après ma lettre de motivation, toujours commencer par le commencement avant de se projeter dans l'avenir. Hein, mademoiselle la rêveuse ?
Je n'aime pas le mot tourisme. Je n'aime ni celui de colonie de vacances. J'ai envie d'être dépaysé. Je ne sais comment faire, toute seule, à seize ans. J'ai envie de voir autre chose que mon petit quotidien.
Si vous avez des idées de voyages, si vous connaissez d'autres associations, je serais très heureuse que vous me les fassiez partager. Pour ma part, je continue à chercher d'autres trucs chouettes et peut-être moins cher !
Suerte...

vendredi 6 janvier 2012

L'être à part.


"Dieu, c'est le nom de quelqu'un qui a des milliers de noms. Il s'appelle silence, aurore, personne, lilas, et des tas d'autres noms, mais ce n'est pas possible de les dire tous, une vie entière n'y suffirait pas et c'est pour aller plus vite qu'on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les noms, un nom pour dire quelqu'un qui est partout, sauf dans les églises, les mairies, les écoles et tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une maison. Car Dieu est dehors, tout le temps, par n'importe quel temps, même l'hiver, et il s'endort dans la neige et la neige pour lui se fait douce, elle ne lui donne que sa blancheur avec quelques étoiles piquées dessus, elle garde pour elle la brûlure du froid. Dieu n'a pas de maison, il n'en a pas besoin et d'ailleurs lorsqu'il voit une maison, il ouvre les portes, déchire les murs, brûle les fenêtres et c'est tout qui entre avec lui, le jour, la nuit, le rouge, le noir, tout et dans n'importe quel ordre, et alors, et alors seulement, les maisons deviennent supportables, alors seulement on peut les habiter, puisqu'il y a tout dedans, le soleil, la lune, la vie très folle, la douceur très grande de la folie, les yeux pervenche de la folie. Et Dieu repart ailleurs, toujours ailleurs : à force de traîner les chemins, de s'endormir partout, dans les sources, dans les fougères, dans le nid des mésanges ou dans les yeux des tout-petits, Dieu a une drôle d'allure, vraiment. Lorsqu'il n'ouvre pas toutes grandes les portes, Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C'est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire, qui sauraient ne rien faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps, pour se reposer, il s'arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets ; il cueille toutes les lumières du monde, même celles des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c'est comme un flocon dedans son cœur, un tourment d'écume, le premier âge de la mer, l'immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c'est pareil, parce que Dieu est un peu fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu'il a, il dit qu'il ne sait pas, qu'il ne sait rien, qu'il a tout oublié le long des chemins et qu'il a perdu la tête, perdu son ombre, qu'il ne sait plus son nom. Et puis il rit, et puis il pleure, et il s'en va, et il s'en vient, et c'est le jour, puis c'est la nuit, et puis voilà, c'est toujours comme ça, toujours, chaque jour."

Christian Bobin

lundi 2 janvier 2012

Recette pour mourir.

Les Noces funèbres - Tim Burton

J'aime mourir. C'est toujours drôle. Il faut choisir le bon endroit, le bon moment, la bonne heure et enfin la bonne saison. Il vaut mieux l'hiver, en hiver, c'est glauque, il fait froid et les arbres ont l'apparence de cadavres. L'hiver est parfait pour mourir. L'endroit c'est à Paris, au Père Lachaise, c'est toujours l'endroit idéal pour mourir il me semble. Et puis c'est un cimetière. Quand il fait très froid et quand c'est l'hiver, c'est parfait. Il manquerait juste un peu de brume mais je suis capricieux, j'en demande déjà trop. Le bon moment est en fin de journée vers 18 heures quand le soleil commence tout juste à se coucher l'hiver, la lumière devient belle dans le lointain et pour mourir, c'est l'idéal. Il faut toujours avoir bien froid si on veut réussir son coup, le froid est mortel, tue tout sur son passage. C'est l'idéal. Il faut être la bonne personne et puis faire le travail sois-même car si quelqu'un d'autre nous tue à notre place, ce n'est jamais drôle. Il faut faire ça bien, toujours seul et de nos propres mains. La bonne personne, il faut qu'elle soit maigre, avec un corps squelettique, grand et fin, et une démarche particulière. Si tu as un grand manteau noir comme les pédophiles cela devrait bien se faire. Surtout, je dis bien SURTOUT, habile toi exclusivement qu'en noir. Une autre couleur attirerait les regards, surtout si c'est l'hiver, qu'il est 18 heures et que l'endroit est un cimetière. Le Père Lachaise est toujours bien pour mourir. C'est un bon ami, ne l'oublie pas. Il faut aussi que tu es la peau aussi pâle qu'un bébé congelé. Avec le froid qui court, ceci n'est pas bien difficile. Il faut que tu grelotes, que tu portes une grande écharpe noir avec ton grand manteau noir. Si tu as chaud sous une température qui s'approche des -0, c'est que tu as un problème, ou que tu es en retard pour l'heure de ta mort, alors tu as couru en dépensant toutes tes tripes jusqu'à cet endroit. Tu n'as donc plus de souffle, plus d'air dans tes poumons. Ce n'est pas bon signe si tu souhaites mourir. Prépare toi bien. Je t'explique comment faire. Moi, j'adore ça, et je suis toujours dans les règles. Tu peux tout d'abord, si tu choisis de mourir dans un cimetière et tout particulièrement celui du Père Lachaise, mourir près de personnes qui te sont chaire (si tu as vu le jeu de mots, tu fais désormais parti de mes plus humbles amis), comme Chopin, si tu aimes Chopin, Jim Morrison, si tu aimes Jim Morrison, Edith Piaf, si tu aimes Edith Piaf, ou encore Mano Solo en plus récent. Il est fort mignon et il a l'odeur de ses chansons. Alors choisi bien. Ne te laisse pas abattre par la grisaille de la vie, tu trouveras bien où mourir et dans quelles circonstances. Comment mourir ? L'idéal serait de ne pas utiliser d'outils pour ne pas effacer la pureté que tu as sur les mains. Les mains comme outil serais parfait mais malheureusement impossible. Tu as un réflexe de survie que tu ne peut chasser. Alors prend ce que tu as sous la main, n'importe quoi, une corde, un pistolet, un sac plastique, un ciseau. Si tu ne trouves pas de tels objets emmène en, le mieux serais une corde, pour te pendre ou bien t'étrangler, on peut tout faire avec une corde. Un ciseau n'est pas encombrant, peux ce transporter dans une poche et c'est l'objet le plus discret. Munis toi d'une paire de ciseau si tu en as une et taille toi les veines, juste à côté de ton cher ami Mano Solo ou de Chopin. Comme tu le désires. Si tu as un flingue, tu peux faire n'importe quoi, et plus particulièrement mourir d'un seul coup, en te brisant le cœur. Mais un flingue n'est pas l'objet le plus courant, ou alors il faut chercher, si tu n'est pas expert tu ne peux donc pas. Un flingue, il faut le cacher, un flingue c'est dangereux, alors qu'autre chose comme une corde ou un ciseau, ça ne coûte rien. Un sac plastique, tu peux le mettre sur la tête puis t'étouffer, il suffit de ne pas laisser passer d'air. Alors choisi bien. Tu verras, tu ne seras pas déçu. Bienvenu de l'autre côté.

samedi 31 décembre 2011

Pensées nocturnes.

(DeviantArt)

C'est étonnant comment la justesse des mots vient dans la nuit, dans une nuit de nouvel an ravagé par la guerre, à l'allure d'une fée qui se tient planté droit comme un clou avec un fusil qui lui tord sa petite taille de guêpe. C'est étonnant comment la nuit est pure ce premier janvier 2012, un dimanche et c'est le silence immaculé de bruit, juste un bourdonnement dans mes oreilles. J'ai froid dans ma petite chambre blanche. Il fait nuit, je suis seule et j'ai froid. Il est 5h56 et le monde ne s'est pas encore réveillé de son orgie de fête. C'est comme si tout était normal. La terre ne s'est pas retourné sur elle même, a gardé sa place de reine dans l'univers illuminant. Ma pensée est claire. Mon ventre se tortille à l'intérieur de moi, se fait des répétitions constante pour un certain spectacle qu'il m'a dit de faire demain. Demain, c'est aujourd'hui, ou plutôt demain, le lundi ou tout le monde dort encore pour attendre la rentrée. Il est 6h maintenant. 6h et le temps passe comme de la pluie, fine, si fine qu'on ne la voit pas passer se dégourdir les jambes. Je ne comprenais pas cela quand j'étais petite. Je croyais que le jour se finissait quand on allait se coucher, plongé dans les rêves en transparences qui ne me quittent toujours pas. Je croyais que le jour changeait au moment où l'on se réveillait, abrutis par des rêves abstraits. Je ne savais pas que les jours s'arrêtaient à minuit, qu'à minuit tout recommençait, encore et encore successivement jusqu'à n'en plus finir. Combien y aura-t-il de jours dans une vie ? Combien y aura-t-il de minuits passés dans le monde ? On ne le sera jamais. Il y a une infinité de choses qu'on ne sera jamais. Comme la philo. Toutes ces questions de philo que nous nous posions quotidiennement. Ces questions dont nous ne connaitrions jamais l'absolu vérité. Pourquoi vouloir connaître sans arrêt la vérité absolu, pourquoi vouloir bâtir des montagnes d'or alors que l'on est bien petits face à ce monde qui nous entoure. Typique de l'être humain ça, la domination. Il ira jusqu'à dominer le monde un jour. Je n'espère pas cela. Quoi de plus con que l'être humain. Quoi de plus con comme animal au monde que l'homme, ce mammifère dénué de poil mais qui possède néanmoins un esprit et un cerveau pour bâtir des montagnes d'or, ce que les autres n'ont pas. Et voilà que moi, lancé dans un élan, je commence à parler d'animaux à 6h17 du matin. Je ne m’arrange pas. Je peux toujours éteindre mon ordinateur et aller me coucher pour cesser cette furieuse envie philosophique, car de la philo, en somme, j'en fait au lycée donc c'est parfait. Bonne nuit petit monde. Et bonne année.

Déclaration d'amour.


J'aimerais écrire comme toi Christian Bobin. Je ne sais pas. Je n'y arrive pas. J'ai les oreilles bouchées et la gorge sèche. Je connais l'écriture des mots, je sais comment les prononcer, quel goût ils provoquent dans la bouche. Mais quand je te lis, Christian Bobin, je ne peut m’empêcher de savourer la beauté de tes mots, la valeur de tes paroles faites sur le papier blanc. Et ça me fait pleurer des fois. Quand j'ai lu La femme à venir il y avait eu à ce moment un passage tellement triste et tellement beau que je me suis effondré en larmes, à chaudes larmes. C'est tout moi ça. Des larmes de tristesse ou de bonheur, je ne sais pas. En tout cas ce que je sais c'est que je t'aime, pas toi non, je ne te connais pas personnellement et puis j'imagine que tu es bien trop vieux pour ma petite personne. Non. J'aime tes livres. Leur odeur quand on ouvre les pages, leurs couvertures belles et parfaites. Des photos en noir et blanc, toujours. Tu aimes les photos en noir et blanc, dis. Je n'ai pas lu tous tes livres. Je suis bien loin d'avoir lu tous tes livres. J'ai commencé par Une petite robe de fête, c'est comme ça que je t'ai découvert, je ne te connaissais point. Je t'ai découvert, là, avec Une petite robe de fête que j'avais pris un peu au hasard, ou peut-être à la vue de la très belle photo en noir et blanc d'une petite fille sous la neige qui ornait la couverture d'un livre de poche. Le tiens. Je n'ai pas été immédiatement envoûté par ton charme. J'ai lu pour attendre et quand on lit pour attendre, la lecture n'est pas notre objectif, on ne se dit pas "Tiens voilà, j'ai choisi ce bouquin là précisément et je vais le commencer là, tout de suite, j'ai du temps devant moi". Non. Quand on attend quelque chose ou quelqu'un, on lit pour attendre, pour se divertir, pour ne pas s'ennuyer. Bref. J'ai pris ton livre Christian Bobin, car il n'était pas bien épais, parfait quand on a l'objectif d'attendre. Alors je me suis lancé, partiellement, je me suis laissé embarqué en surface, sans trop écouter les mots qui défilaient devant mes yeux. Ce livre, c'était pour divertir, un passe-temps comme tant d'autre. Mais les livres ne sont pas des passe-temps, surtout les tiens cher Bobin. Les livres sont plus que ça. Je l'ai quand même embarqué chez moi, ton livre, avec la promesse de le rendre au plus vite, il n'est pas bien gros. Je l'ai lu, des petits textes brefs par ci par là, des petites nouvelles. J'ai lu et en rentrant chez moi, mieux concentré à rivaliser avec les mots, je me suis laissé plongé dans les abîmes d'une poésie pure et belle, chantante et délicate, comme le printemps la première fois qu'il montre ses bourgeons. Christian Bobin, tu m'as enivré. Et quand j'ai appris que ma génitrice avait un petit parquet de tes livres dans sa bibliothèque, la joie est montée en moi.
Je t'aime Christian Bobin, car je crois bien que mon écriture se rapproche de la tienne, et ceci est loin d'être une vantardise. Quand une telle chose se produit, n'est-on pas immédiatement atteint de cette maladie qu'on appelle le bonheur et que nous connaissions tous, même les plus démunis ? Je t'aime Christian Bobin, parce que tes livres me ressemble, me font écho à moi même. N'est ce pas ça un bon livre ? Un livre qui touche droit au cœur, au plus profond de nous même ? C'est cela que je ressent avec tes livres, et en te lisant, j'ai l'impression qu'on est sur la même longueur d'onde tout les deux. N'est-ce pas étrange ? N'est-ce pas merveilleux ? Si, c'est merveilleux. Voilà. Je vais tourner la page. Je vais te laisser à ton repos et lire tes livres que je ne connais point. Autoportrait au radiateur m'a profondément parlé. Tout le monde est occupé est si beau. Isabelle Bruges est du nutella qu'on savoure délicatement à la petite cuillère. La femme à venir est tout simplement sublime et magnifique et restera mon préféré. Je te l'ai dit, je n'en ai pas lu beaucoup de tes livres. Mais ils m'enivrent déjà. La magie de l'écriture.
Juste une chose : j'aimerais que tu écrives plus de romans. Les romans sont entier, gros et gras dans leur profondeur de livres. Le problème des petits textes c'est qu'à peine commencés la fin est déjà là. On n'a même pas le temps de s'accrocher aux mots. Et toi, Christian Bobin, tu aimes les petits textes. Partout des bouts de mots peuplent tes livres.
Mais là ne sont que des paroles d'une écrivaine en herbe qui n'a même pas fini de grandir. Continue d'écrire et ne t'arrête pas. Jamais. Jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est cela les artistes.

"Un vrai livre, c'est toujours quelqu'un qui entre dans notre solitude.
"

Toi, tu es un vrai livre Christian Bobin.

vendredi 30 décembre 2011

Une bouche d'égoût me bloque le passage.

Courir à perdre la raison, c'est toute une histoire. Il faut savoir penser, agir d'une façon telle qu'elle serait improbable aux yeux de tous, et vomir, vomir la joie de courir sur une terre qui est nôtre, sur un sol devenu maculé par notre propre déjection. Je suis sale. Je cours la nuit, je me réveille le matin. Je suis sale. Sale des songes qui envahissent mon cœur. Alors la vie continue de couler sans qu'elle n'est rien demandé à personne - c'est propre de la vie ça, personne ne lui dit d'arrêter sa cadence, elle n'écoute pas, elle n'en fait qu'à sa tête. En courant sur le gravier, la vie ne m'a pas rappelé à mon devoir. J'ai continué de courir, la vie a continué d'avancer. Sans s'arrêter.

mercredi 21 décembre 2011

C'est mieux ainsi.

dimanche 4 décembre 2011

La femme heureuse.


Elle était seule avec son sourire, regardant dans un cercle imperceptible. Peut-être était-ce un hublot qui entourait son visage souriant. Elle était heureuse. Elle pensait à quelque chose de drôle, à un bout de son existence cloitré dans une vie dont elle n'arrivait pas à se sortir. C'est difficile quand t-on est une femme de cinquante ans, qu'on a vécu toute sa vie la même chose, le même métier de couturière qui l'enfermait en elle-même. Ses cheveux poivre-sel laissaient facilement deviner son âge, les rides s'écartelant en travers de son visage, prenant de l’ampleur jusqu'à devenir vieille, si vieille que les os ne seront plus que des bouts flasques dans la nuit, et la peau raidie, détendue par les années passées à vivre. Elle avait cinquante ans, elle ne pensait pas à sa vieillesse, elle était heureuse, elle avait un mari, des enfants, et la ménopause n'était pas encore apparue. Elle était restée fraîche en couturière désœuvrée. Elle rigolait à la vue de son amie qui l'a prenait à travers son objectif sophistiqué. Elle n'osait pas regarder le petit oiseau qui s'était envolé avant même que son regard se soit posé sur l'appareil. Elle n'aimait pas les photos. Elle n'aimait pas les regards de quelconques observateurs. Alors elle baissait la tête, le visage hilarant en contemplant ses pieds. C'était mieux ainsi.

samedi 3 décembre 2011

Une page qui tourne.

Le 7 septembre. Il y a 87 jours.


C'est marrant la vie. Du jour au lendemain, on se retrouve transporté dans une nouvelle vie, sans que l'on est rien demandé à personne. C'est marrant la vie, elle peut changer comme ça du jour au lendemain, nous avec.
Et quand l'on change comme ça, en trouvant notre existence pleine de bonheur, on regarde en arrière et l'on se rend compte que derrière nous, notre vie était la plus pourrie du monde. Maintenant, étonnamment surpris, on s’aperçoit que se qu'on vit là n'est rien que le début du bonheur. Un avant goût. Une merveilleuse page qui s'est tournée en chassant le passé plein d'ennui. Ceci n'est pas de l'amour, ceci n'a rien à voir avec l'amour, je connais très mal ce sujet, je ne pourrais vous dire. Ceci est simplement une nouvelle vie.

Une page qui tourne.

mercredi 26 octobre 2011

Vous.


Vous qui tournez cette page, prenez conscience que vous frotter en un point votre index contre la cellulose du papier. De ce contact naît un échauffement infime. Un échauffement toutefois bien réel. Rapporté dans l'infiniment petit, cet échauffement provoque le saut d'un électron qui quitte son atome et vient ensuite percuter une autre particule.
Mais cette particule est, en fait, "relativement" immense. Si bien que le choc avec l'électron constitue pour elle un véritable bouleversement. Avant, elle était inerte, vide, froide. A cause de votre "saut" de page, la voici en crise. Par ce geste, vous avez provoqué quelque chose dont vous ne connaîtrez jamais toutes les conséquences. Une explosion dans l'infiniment petit.
Des fragments de matière expulsés. De l'énergie diffusée.
Des micro-mondes sont peut-être nés, des gens y vivent, et ces êtres vont découvrir la métallurgie, la cuisine à la vapeur et les voyages stellaires. Ils pourront même se révéler plus intelligents que nous. Et ils n'auraient jamais existé si vous n'aviez pas eu ce livre entre les mains et si votre doigt n'avait pas provoqué un échauffement, précisément à cet endroit du papier.
Parallèlement, notre univers trouve sûrement sa place lui aussi dans un coin de page d'un livre gigantisme, une semelle de chaussure ou la mousse d'une canette de bière de quelque autre civilisation géante. Notre génération n'aura sans doute jamais les moyens de vérifier entre quel infiniment petit et quel infiniment grand nous nous trouvons. Mais ce que nous savons, c'est qu'il y a bien longtemps notre univers, ou en tout cas la particule qui contient notre univers, était vide, froide, immobile. Et puis quelqu'un ou quelque chose a provoqué la crise. On a tourné la page, on a marché sur une pierre, on a raclé la mousse d'une canette de bière. Toujours est-il qu'il y a eu un "réveil". Chez nous, on le sait, ça a été une gigantesque explosion. On l'a nommée Big Bang.
Imaginez donc ce vaste espace de silence soudain réveillé par une déflagration titanesque. Pourquoi a-t-on tourné la page, là-haut ? Pourquoi a-t-on raclé la mousse de la bière ?
Pour que tout évolue et survienne à cette seconde-ci où vous, lecteur précis, lisez ce livre précis, dans cet endroit précis où vous vous trouvez.
Et peut-être qu'à chaque fois que vous tournez une page de ce livre un nouvel univers se crée, quelque part dans l'infiniment petit.
Appréciez votre immense pouvoir.

Bernard Werber L'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu

lundi 24 octobre 2011

Fumer tue


Pourquoi fumait-il ? Peut-être était-ce pour oublier sa jeunesse, sa vie entière à vivre une vie qu'il n'aimait pas. A présent, il était gorgé de souvenirs. Lourds fardeaux auxquels il ne voulait plus songer. C'était mieux ainsi. Fumer permettait d'oublier des pensées trop lourdes à garder. Alors il les abandonnaient, oubliées dans un coin de sa tête dont il ne se servait jamais. C'était mieux ainsi. Fumer était un passe-temps pour oublier. Fumer lui permettait de mieux vivre, de s'endurcir dans un monde dont le sens lui échappait. Sa femme le regardait toujours avec une tristesse qui ne le dérangeait absolument pas. Il fumait des Gauloises et cela lui procurait sans arrêt un sentiment de bien être absolut, comme si le simple geste d'aspirer la fumée acre de la cigarette allait changer sa vie en une merveilleuse existence pleine de rêves. Sa vie, il l'avait fini, c'était trop tard maintenant pour vivre ce qu'il aurait aimé vivre. C'était trop tard, car il était vieux, si vieux. Des rides avaient poussées sur son visage d'homme, pour rester jusqu'à sa mort. Sa peau s'était enlaidi, était devenue flasque avec le temps et plus aucun signe de jeunesse émanait de lui. Ses cheveux avaient blanchis, son dos s'était courbé. Et les problèmes de santé étaient apparus. Une vie de vieil homme en somme. Quoi de plus normal ? Sa femme le contemplait, aspirait la vie de son mari comme si c'était la sienne. Elle ne fumait pas, elle. Elle lui avait répété d'arrêter, qu'à son âge, cela n'était pas raisonnable. Elle pouvait le perdre d'un instant à l'autre avec cette connerie. Lui, il ne l'écoutait pas. Égocentrique, il bougonnait absorbé par sa cigarette qu'il aspirait comme si c'était sa vie. Sa cigarette qui l'aspirait tout entier, attendant sa mort.

Sa mort vint un jour, un jour de beau temps, là où le soleil était haut dans le ciel. Là où un nouveau-né avait vu le jour. Un nouveau-né qui aurait du être le petit-fils du vieil homme. Mais cela ne se fut point.

Le vieil homme, dans sa tombe, fumait une Gauloise.