Quoi de plus beau de vivre dans un monde fait de choses transparentes ? L'Art, la musique, l'écriture, la littérature, le cinéma, la photographie sont là pour éclairer l'avenir, alors profitons en et vivons pleinement notre vie !

*Sauf mention contraire, les photos et les textes sont de moi, merci de respecter les droits d'auteur et de ne pas les voler.*
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jeudi 2 août 2012

Le Carnet d'or

Le Carnet d'or

"Toi et moi, Ella, nous sommes des ratés. Nous passons notre vie à lutter contre des gens à peine plus sots que nous pour leur faire admettre des vérités que les grands esprits ont toujours connues - ils ont su depuis des milliers d'années qu'on aggrave l'état d'un homme malade si on le confine en isolement total. Ils ont su depuis des milliers d'années qu'un homme terrorisé par son propriétaire et par la police est un esclave. Ils l'ont su. Nous le savons. Mais la grande masse éclairée du peuple britannique le sait-elle ? Non. Notre tâche, à toi et à moi, consiste à le leur dire. Car les grands esprits sont trop grands pour qu'on les dérange. Ils sont déjà en train de découvrir comment coloniser Vénus et irriguer la lune. C'est cela qui compte, à notre époque. Toi et moi, nous sommes des pousseurs de rochers. Toute notre vie, toi et moi, nous consacreront notre énergie et tous nos talents à pousser un gros rocher jusqu'au sommet de la montagne."

Extrait "Le Carnet d'or" de Doris Lessing


vendredi 6 janvier 2012

L'être à part.


"Dieu, c'est le nom de quelqu'un qui a des milliers de noms. Il s'appelle silence, aurore, personne, lilas, et des tas d'autres noms, mais ce n'est pas possible de les dire tous, une vie entière n'y suffirait pas et c'est pour aller plus vite qu'on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les noms, un nom pour dire quelqu'un qui est partout, sauf dans les églises, les mairies, les écoles et tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une maison. Car Dieu est dehors, tout le temps, par n'importe quel temps, même l'hiver, et il s'endort dans la neige et la neige pour lui se fait douce, elle ne lui donne que sa blancheur avec quelques étoiles piquées dessus, elle garde pour elle la brûlure du froid. Dieu n'a pas de maison, il n'en a pas besoin et d'ailleurs lorsqu'il voit une maison, il ouvre les portes, déchire les murs, brûle les fenêtres et c'est tout qui entre avec lui, le jour, la nuit, le rouge, le noir, tout et dans n'importe quel ordre, et alors, et alors seulement, les maisons deviennent supportables, alors seulement on peut les habiter, puisqu'il y a tout dedans, le soleil, la lune, la vie très folle, la douceur très grande de la folie, les yeux pervenche de la folie. Et Dieu repart ailleurs, toujours ailleurs : à force de traîner les chemins, de s'endormir partout, dans les sources, dans les fougères, dans le nid des mésanges ou dans les yeux des tout-petits, Dieu a une drôle d'allure, vraiment. Lorsqu'il n'ouvre pas toutes grandes les portes, Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C'est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire, qui sauraient ne rien faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps, pour se reposer, il s'arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets ; il cueille toutes les lumières du monde, même celles des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c'est comme un flocon dedans son cœur, un tourment d'écume, le premier âge de la mer, l'immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c'est pareil, parce que Dieu est un peu fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu'il a, il dit qu'il ne sait pas, qu'il ne sait rien, qu'il a tout oublié le long des chemins et qu'il a perdu la tête, perdu son ombre, qu'il ne sait plus son nom. Et puis il rit, et puis il pleure, et il s'en va, et il s'en vient, et c'est le jour, puis c'est la nuit, et puis voilà, c'est toujours comme ça, toujours, chaque jour."

Christian Bobin

mercredi 26 octobre 2011

Vous.


Vous qui tournez cette page, prenez conscience que vous frotter en un point votre index contre la cellulose du papier. De ce contact naît un échauffement infime. Un échauffement toutefois bien réel. Rapporté dans l'infiniment petit, cet échauffement provoque le saut d'un électron qui quitte son atome et vient ensuite percuter une autre particule.
Mais cette particule est, en fait, "relativement" immense. Si bien que le choc avec l'électron constitue pour elle un véritable bouleversement. Avant, elle était inerte, vide, froide. A cause de votre "saut" de page, la voici en crise. Par ce geste, vous avez provoqué quelque chose dont vous ne connaîtrez jamais toutes les conséquences. Une explosion dans l'infiniment petit.
Des fragments de matière expulsés. De l'énergie diffusée.
Des micro-mondes sont peut-être nés, des gens y vivent, et ces êtres vont découvrir la métallurgie, la cuisine à la vapeur et les voyages stellaires. Ils pourront même se révéler plus intelligents que nous. Et ils n'auraient jamais existé si vous n'aviez pas eu ce livre entre les mains et si votre doigt n'avait pas provoqué un échauffement, précisément à cet endroit du papier.
Parallèlement, notre univers trouve sûrement sa place lui aussi dans un coin de page d'un livre gigantisme, une semelle de chaussure ou la mousse d'une canette de bière de quelque autre civilisation géante. Notre génération n'aura sans doute jamais les moyens de vérifier entre quel infiniment petit et quel infiniment grand nous nous trouvons. Mais ce que nous savons, c'est qu'il y a bien longtemps notre univers, ou en tout cas la particule qui contient notre univers, était vide, froide, immobile. Et puis quelqu'un ou quelque chose a provoqué la crise. On a tourné la page, on a marché sur une pierre, on a raclé la mousse d'une canette de bière. Toujours est-il qu'il y a eu un "réveil". Chez nous, on le sait, ça a été une gigantesque explosion. On l'a nommée Big Bang.
Imaginez donc ce vaste espace de silence soudain réveillé par une déflagration titanesque. Pourquoi a-t-on tourné la page, là-haut ? Pourquoi a-t-on raclé la mousse de la bière ?
Pour que tout évolue et survienne à cette seconde-ci où vous, lecteur précis, lisez ce livre précis, dans cet endroit précis où vous vous trouvez.
Et peut-être qu'à chaque fois que vous tournez une page de ce livre un nouvel univers se crée, quelque part dans l'infiniment petit.
Appréciez votre immense pouvoir.

Bernard Werber L'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu

samedi 22 octobre 2011

Lolita


"Sois fidèle à ton Dick. Ne laisse aucun autre type te toucher. N'adresse pas la parole aux inconnus. J'espère que tu aimeras ton bébé. J'espère que ce sera un garçon. J'espère que ton mari d'opérette te traitera toujours bien, parce que autrement mon spectre viendra fondre sur lui, comme une fumée noire, comme un colosse dément, pour le démanteler jusqu'au moindre nerf. Et ne prends pas C.Q. en pitié. Il fallait choisir entre lui et H.H., et il était indispensable que H.H. survive au moins quelques mois de plus pour te faire vivre à jamais dans l'esprit des générations futures. Je pense aux aurochs et aux anges, au secret des pigments immuables, aux sonnets prophétiques, au refuge de l'art. Telle est la seule immortalité que toi et moi puissions partager, ma Lolita."


Vladimir Nabokov

mercredi 24 août 2011

Un rien friable


"Petite fille, tu as couru pendant tes quatre premières années sur la Terre maternelle, puis cette Terre s'est ouverte, effondrée d'un seul coup, et il t'a été donné d'apprendre l'essentiel : que le fond de cette vie terrestre n'est pas sûr, qu'il est friable, mouvant, instable. C'est une bonne découverte mais elle est venue pour toi un peu tôt. Nous avons besoin de nous tromper avant d'accéder à la vérité. Nous avons besoin de croire à l'éternité de ceux qui nous aiment pour grandir et un jour comprendre, sans en être détruit, que cette éternité-là est mensongère, et qu'il nous faut désormais aimer sans rien attendre de l'amour - hors la joie présente qu'il donne, avec quoi il se confond."

Christian Bobin

Christian Bobin, si tu savais, je ne te comprends que trop bien...

lundi 20 juin 2011

Souveraineté du vide


"Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraîcheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. Elle aurait aussi un autre nom : la vie. Ce ne serait en rien une vie intérieure, une arrière-vie, une clairière momentanément hors d'atteinte et dans quoi, par un clair matin, l'on pourrait pénétrer. Ce serait une maladie, voilà tout, et la conscience que vous en auriez serait aussi bien la conscience de l'insuffisance profonde de tous les remèdes.
Un jour, dans cette absence égale, chronique, vous recevriez ces lettres, trois lettres. L'apparence serait celle d'un livre. L'auteur, ce serait vous, c'est-à-dire un autre. Un passant. Une ombre, lointaine. Personne.
"

Christian Bobin, Souveraineté du vide Lettres d'or

samedi 26 mars 2011

La vie de Bouddha en manga


"- Dans ce monde, il n'y a personne qui connaisse le bonheur !

- S-si tout l-le monde est m-malheureux, p-pourquoi on est s-sur la terre...
- Comme les arbres et les herbes, les rivières, les montagnes... Les hommes font partie de la nature et ce n'est pas par hasard. Tous les êtres vivants sont reliés les uns aux autres... Et là-dedans, toi aussi, tu as un rôle à jouer, un grand rôle.
- M-moi ? M-moi, j-j'ai un rôle à jouer ? J-je suis utile, m-moi aussi ?
- Bien sûr. Si tu n'existais pas, le monde ne serait pas exactement ce qu'il est.
- ....... T-tu dis d-des choses étranges... J-je n'avais j-jamais pensé à ç-ça ! A-alors, c-comment est-ce q-que je dois vivre, maintenant ?
- Regarde cette rivière. Admire sa grandeur. Elle coule depuis des milliers d'années en se pliant aux lois de la nature. Elle n'a ni le désir d'accélérer son cours, ni celui de le changer. Elle laisse la nature la guider. Et elle est grande et belle... Elle procure aux hommes des joies et des bienfaits... Toi aussi tu es très grand et selon ta façon de vivre, tu peux devenir comme elle, remarquable.
- C-comment tu t-t'appelles ?!
- Siddharta.
- Siddharta ! T-tu es q-quelqu'un d'admirable. J-je veux d-devenir ton disciple ! A-accepte, je t'en supplie !
- Je ne suis qu'un apprenti ascète et quelqu'un comme toi, qui souffre."

"- Regarde, Siddharta... Tout ça, ce sont des fragments de vie.
- "Des fragments de vie"...

- Et cette énorme boule que voilà, c'est l'univers.
- L'univers ? Mais qu'est-ce que c'est ?
- Le ciel, la terre, le monde entier.

- Mais... il bouge... et il n'arrête pas de changer de forme...
- Bien sûr. L'univers est vivant.
- Hein ?!
- L'univers vois-tu, n'est pas autre chose qu'une vie, une énorme vie.
- ...
- Et de cette gigantesque source de vie, l'univers, naissent une multitude de fragments de vie qui viennent insuffler la vie à tout ce qui existe dans ce monde-ci... Est-ce que tu comprends ? Voilà pourquoi les insectes, les éléphants, les hommes, les fleurs, tous ont la même origine.
- Je vois... Oui, je comprends très bien !
- La vie n'a pas de forme et, bien sûr, elle n'a rien à voir avec nos idées de haut et de bas, de droite et de gauche, de passé, de prése
nt et d'avenir. Ce que tu vois te le prouve, non ?"

(Images et citations du manga La vie de Bouddha d'Osamu Tezuka)

Un manga extraordinaire en 8 tomes à lire tout de suite !

jeudi 20 janvier 2011

Et puis le temps passe et on s'en va avec ces mots désordonnés


La vie est un brouillon, finalement. Chaque histoire est le brouillon de la prochaine, on rature, on rature, et quand c'est à peu près propre et sans coquilles, c'est fini, on n'a plus qu'à partir, c'est pour ça que la vie est si longue."


Rien de grave de Justine Lévy

mercredi 19 janvier 2011

Le choix des mots. Sobres, les mots. Justes. Précis.



Soudain, ses yeux noirs me sont revenus, puis j'ai entendu sa voix, sa voix quand elle avait crié Lisa Lisa Lisa. Ses yeux, encore et encore, comme le phare qui scintillait derrière moi, opiniâtre. Et c'est en sentant les larmes couler à nouveau, se mêlant au sel de la mer, que j'ai compris pourquoi, pour qui, je pleurais."


Titre et texte, Moka, de Tatiana de Rosnay